Lieu noir de Mer du Nord et Ouest Ecosse

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Lorsque nous arrivons sur le plus grand des quais du port de pêche de Lorient, le vent souffle fort, ramenant les embruns marins à terre, l’odeur d’iode est omniprésente. A notre droite, les vestiges de l’ancienne usine frigorifique, en attente de destruction, constituent un témoin des années 1930, période de développement de ce port. Il est situé entre la ville et la base de sous-marins construite par les Allemands pendant la guerre. Avec ses 26 000 tonnes de poissons débarqués en 2017, Lorient se dispute, avec Boulogne-sur-Mer et le Guilvinec, la place de premier port de pêche français.

Ici, dans le Sud Morbihan, tout tend vers la côte. L’océan et les activités liées à la mer ont, de tout temps, façonné les paysages, les territoires et fait vivre les hommes. Créé par Colbert au XVIIème siècle pour être le port et le siège de la Compagnie des Indes Orientales, Lorient reste tourné vers la mer.
En ce début du mois d’avril 2018, à 6h du matin, il fait encore nuit mais nous voyons nettement à quai, tous feux allumés, la silhouette du Roselend qui nous attend. C’est un bateau de pêche de 35 mètres, mis en service en 2000 immatriculé à Concarneau, taillé pour affronter les mers froides et tumultueuses entre Ecosse et les îles Féroë. Il affiche de belles couleurs bleu, blanc, rouge.

Tout est calme. Pas de mouvement sur le pont. Pas encore. Le navire et son équipage sont arrivés au port il y a une demi-heure. Les hommes se reposent un peu avant d’entamer la débarque à partir de 8h. Ils viennent de passer 24 jours en mer. Une campagne de pêche regroupant 2 marées. Un aller-retour dans l’Atlantique Nord-Est pour une pêche à l’Ouest de l’Ecosse.
Nous profitons de l’accalmie pour monter à bord. Nous saluons au passage quelques-uns des 8 membres d’équipage et nous retrouvons en passerelle le capitaine Johann Jaffrezic.

C’est un bateau de pêche de 35 mètres, mis en service en 2000 immatriculé à Concarneau, taillé pour affronter les mers froides et tumultueuses entre Ecosse et les îles Féroë.

Au milieu de ses instruments, écrans et commandes de pilotage, le breton de 48 ans nous reçoit avec chaleur malgré la fatigue. Les yeux clairs, quelques tatouages apparents, Johann nous raconte : « Je suis fils et même petit-fils de pêcheur. Mon père était patron pêcheur à Concarneau. Dès l’âge de 9 ans, je faisais mes premières marées avec lui. J’ai fait l’école des mousses à 15 ans, mon brevet de lieutenant à 19 et patron de pêche, capitaine de pêche à 21. Mais la meilleure école reste la mer. Au fur et à mesure, on apprend. Au début, c’est très dur de manœuvrer un navire, de remonter un filet et petit à petit, on gagne en rapidité, en expérience. »

Est-ce qu’il aime son métier ? « Oui. Toujours. J’adore chasser le poisson. Parce que c’est ça qu’on fait quand on est patron, on chasse. J’aime être en mer, être libre, aux commandes de mon navire. Et puis, c’est varié, la navigation. On croise d’autres bateaux. La seule chose un peu difficile, c’est que je supporte de moins en moins bien le gros temps. Les creux de 12 mètres, 15 mètres, je n’aime pas ça. »

Il nous raconte le déroulé d’une campagne de pêche. D’abord, deux jours et demi de mer pour atteindre la zone de pêche, sur le plateau continental en mer du Nord et à l’Ouest de l’Ecosse. Johann explique : « Pour nous guider, on utilise des GPS avec nos plans de pêches. Après, dans la chasse au poisson, il y a toujours une part de chance. On ne gagne pas à tous les coups. »

La Mer du Nord et l’Ouest de l’Ecosse sont historiquement des zones où l’on pêche le lieu noir. On parle de zones à forte apparence. Le lieu noir, également appelé le colin noir, est un prédateur carnivore qui se nourrit d’invertébrés et de petits poissons. Il vit en bancs de plusieurs milliers d’individus. Il atteint sa maturité sexuelle entre 4 et 7 ans, il mesure alors 50 cm mais peut atteindre plus d’un mètre et vivre au-delà de 25 ans. De couleur vert noir, il présente 3 nageoires dorsales et est reconnaissable à sa ligne latérale argentée. Le lieu noir est plutôt pêché en fin de marée pour assurer un maximum de fraîcheur car c’est un poisson fragile. Il est trié, étripé et conditionné directement après la relève du filet, au cœur du bateau, par les hommes d’équipage. Le navire est équipé d’un tapis roulant, de puissantes manches à eaux et d’une machine à fabriquer de la glace à partir de l’eau de mer traitée. Le lieu noir est stocké en caisses de bord de 25kg, avec couvercles, le poisson est pris dans deux couches de glace : une en dessous, une au dessus.

La Mer du Nord et l’Ouest de l’Ecosse sont historiquement des zones où l’on pêche le lieu noir.

Les zones de pêche et la quantité autorisée à la pêche sont définies par le système des quotas de captures européens et répartis entre chaque Etat membre. Des quotas qui sont décidés en fonction d’indicateurs scientifiques et d’un diagnostic sur l’état de santé du stock de poissons concerné (une espèce donnée pour une zone donnée). L’idée est de s’assurer que le stock soit à son niveau de productivité maximale, c’est-à-dire que la population soit à un niveau élevé permettant de pêcher un maximum de poissons sur le long terme sans que la reproduction ne diminue.

L’employeur de Johann déclare aussi déployer des efforts pour mettre en œuvre des pratiques plus durables. Ainsi, les navires qui pêchent le lieu noir sont labellisés MSC (Marine Stewardship Council, label qui promeut les produits de la mer issus de pêche durable pour garantir la pérennité des stocks et la réduction de l’impact environnemental) dans la plupart de leurs zones de pêches. Il y a, bien sûr, le strict respect des quotas européens, mais aussi des expérimentations de nouveaux dispositifs de pêche plus sélectifs (des filets avec de larges mailles, par exemple, pour permettre aux juvéniles de s’échapper), ou encore ils s’interdisent certaines zones de pêche à certaines périodes pour préserver la ressource et l’écosystème.

De nombreux outils de contrôles sont également mis en place. Outre les contrôles des autorités maritimes en mer et à quai, sur les bateaux, le journal de bord électronique permet l’enregistrement quotidien des captures réalisées. De plus, un contrôle satellitaire enregistre en continu les activités de tous les navires.

Les navires qui pêchent le lieu noir sont labellisés MSC dans la plupart de leurs zones de pêches.

Les hommes à bord au nombre de 8 sur le Roselend, bénéficient d’un peu plus de confort et de sécurité que par le passé. Les cabines sont pour 2 et non plus pour 4, les postes de travail sont étudiés pour être plus ergonomiques, la vie à bord est moins bruyante. Les VFI (vêtements à flottabilité intégrée) ont été rendus obligatoires à bord et sont équipés d’une balise GPS qui se déclenche si un homme tombe à la mer, facilitant sa recherche.

Malgré tout, le métier de marin reste un métier difficile qui a du mal à séduire les jeunes. Johann n’est pas très optimiste: « ça va être compliqué pour l’avenir ! Le peu de jeunes qui se lancent veulent tous aller à la pêche au thon dans l’Océan Indien ou le Pacifique. En même temps, ils partent 6 mois au large, ils rentrent tout bronzés et ils ont 6 mois à terre. Nous, on revient de l’Atlantique Nord-Est, on est blanc comme des cachets d’aspirine ; c’est sûr, ça fait pas rêver… C’est dommage, c’est pourtant un beau métier ; dur, mais on l’aime ! »

Mais il se fait tard. Le jour s’est levé, et avec lui, la pluie s’est mise à tomber. A l’horizontale, la pluie! Le vent a forci. La débarque commence. Avec une grue, les caisses de poissons glacés sont hissées à quai depuis les entrailles du navire. Les goélands tournoient autour, espérant récupérer un ou deux poissons. Johann et ses hommes sont pressés d’achever la débarque. Une fois le travail fini, ils pourront retrouver leurs familles. Et Johann sera à 11h45 à la sortie de l’école pour prendre dans ses bras Maolyne, sa petite fille de 7 ans. Ils vont bien en profiter, de ces 8 jours de repos en famille à terre... Avant un nouveau départ, pour une nouvelle campagne de pêche. Une vie de marin.

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