Potirons et potimarrons de Sologne

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Nous sommes partis très tôt de Paris. Les autoroutes, les nationales, les départementales et enfin les petites routes, défilent. Quelques lapins et des poules faisanes s’enfuient dans le faisceau de nos phares de voiture. Des nappes de brouillard, épaisses, que nous traversons à intervalle régulier, laissent présager de cet environnement fait d’étangs et de cours d’eau qu’est la Sologne.

Nous arrivons à Soings-en-Sologne, au lieu-dit la Noue. Les serres qui entourent les maisons d’habitation ne laissent pas de place au doute : nous sommes bien chez les Bourdillon, une famille d’horticulteurs. Il fait toujours nuit. Les équipes de saisonniers ne sont pas encore là mais Jean-Luc Bourdillon et son fils Sébastien sont déjà sur le pont. Ils nous accueillent avec un bon café chaud et prennent le temps de discuter avant que leur journée de folie ne démarre.

Le printemps et l’automne sont en effet les deux plus grosses saisons de travail pour ces producteurs de muguets et de cucurbitacées. « La période de la récolte c’est la plus chargée pour nous, nous aurons peu de temps », avait prévenu au téléphone Marie. Marie, c’est la fille de Jean-Luc et la sœur de Sébastien. Ensemble, les deux enfants, la trentaine, s’apprêtent à prendre la suite de leurs parents. Ils représentent la quatrième génération à travailler sur cette ferme familiale en Sologne.

C’est ce qu’il était en train de nous expliquer quand le téléphone sonne et appelle Sébastien sur une urgence. Il nous laisse en compagnie de son père. Mais Jean-Luc est bien placé pour nous expliquer comment, en 1981, avec son frère, il a décidé de se lancer dans la production de muguet dans cette Sologne où l’on cultivait historiquement de l’asperge et des fraises. « Nous étions les premiers dans la région Centre à faire du muguet ! Mon frère était sur l’exploitation, moi je vendais, à Rungis. Ça marchait bien. Mais après deux années catastrophiques et la disparition de mon frère en 1994, j’ai dû reprendre les rênes. Avec mon nouvel associé, on s’est lancés en 2000 dans la production de coloquintes et de citrouilles pour la décoration. Et petit à petit, on a aussi produit des courges pour l’alimentation avec notamment le potiron et le potimarron. »

Le printemps et l’automne sont en effet les deux plus grosses saisons de travail pour ces producteurs de muguets et de cucurbitacées.

Encore une fois précurseur sur ce créneau, le pari était gagnant puisqu’avec le retour en grâce des cucurbitacées au menu des consommateurs, la demande est là. Pour nous parler de ses produits et alors que le ciel commence à s’éclaircir, Jean-Luc nous embarque sur son quad tout-terrain, direction les champs de potirons. Le fond de l’air est étonnement doux pour cette mi-octobre malgré l’humidité ambiante. Ici, les potirons ont déjà été coupés et finissent de mûrir et de sécher dans le champ. Alignés sur la tranche.

A même ce sol sableux, caractéristique du terroir solognot. « Cette particularité a de tout temps été mise à profit pour la culture des légumes. Dans le sable, les légumes poussent plus droits, ils sont plus faciles à arracher et c’est surtout plus propre, ça ne tâche pas les légumes », précise Jean-Luc. « Mais sous cette couche de sable, en profondeur, pas très loin, le sol est argileux et il est drainé. Dans les années 1950, tout un réseau de tuyaux en terre a été installé à la main pour drainer le terrain. » Une précision qui a son importance dans cette ancienne région marécageuse.

Les potirons plantés ici sont de la variété des Ventoux, Musquée de Provence ou Mini musquée. Ils sont ronds, aplatis et cannelés. La rosée du matin a déposé une fine pellicule brillante sur leur peau d’un joli brun marbré de vert. A l’horizon, un beau soleil orangé perce à travers une rangée de bouleaux et vient révéler les formes et les couleurs.

Dans le champ d’à côté, c’est le rouge brique des potimarrons uchiki kuri qui éclate sous les rayons de l’astre solaire. Ils ont la forme d’une toupie et sont bien plus petits que leurs voisins potirons. « Pour le potimarron, on n’a pas besoin de couper la tige, la plante sèche et il se détache tout seul, à la main», nous précise Jean-Luc en redressant sa casquette en guise de ponctuation. Quand on le lui fait remarquer, il nous dit, rieur, que son couvre chef ne le quitte jamais : « A Rungis, pendant 15 ans, mon surnom c’était ‘l’homme à la casquette’ ! » Le côté blagueur bonhomme finit par prendre le dessus sur le caractère un peu bourru du personnage. Le soleil est maintenant levé. Derrière nous, dans la forêt un craquement marque la présence de gibier à profusion, ce que confirme, enthousiaste, le chasseur qu’est Jean-Luc. Mais revenons à nos courges…

Il faut compter au moins 100 jours de culture pour arriver à maturité.

Que ce soit pour les potirons ou les potimarrons, il fait ses propres semis dans ses serres, puis les plante en plein champ. Il faut compter au moins 100 jours de culture pour arriver à maturité. Nous sommes mi-octobre et Jean-Luc fait le point : « On est sur la fin là, il n’y a plus grand chose à récolter pour ces deux variétés-là». Mais du travail, il en reste et les salariés viendront tout à l’heure ramasser les derniers potirons, qui pèsent entre 4 et 8 kilos. « Depuis cette année, nous nous sommes équipés d’un tapis de récolte, c’est bien moins pénible pour les équipes et beaucoup mieux pour le produit, il y a moins de manipulations. Et puis ça va plus vite », précise Jean-Luc.

La qualité du produit, pour les Bourdillon, ça passe aussi par le désherbage mécanique ou manuel grâce au binage. Objectif : se passer à terme des épandages de produits phytosanitaires. « Depuis 10 ans, on a divisé par dix la quantité de produits que nous utilisons. Sur les cucurbitacées, nous utilisons zéro herbicide, nous faisons un seul passage annuel de fongicide et quand le climat est favorable, on se passe d’insecticide. Ça a été le cas cette année », explique Jean-Luc. « Et bien entendu, zéro traitement après récolte. »

La présence naturelle de coccinelles dans les champs joue aussi un rôle capital dans l’élimination des pucerons. « Vous savez, moi j’y croyais pas à ces coccinelles. Puis, il y a 5 ans, mon fils a voulu faire un test avec un lâcher de coccinelles dans nos serres. Et bien, j’ai été très surpris du résultat : ça marche ! Tout comme j’ai été surpris de voir combien la nature reprend vite le dessus. Il y a dix ans, il n’y avait plus de vie dans nos champs, rien, pas un bruit, à cause des produits. Et aujourd’hui, ça grouille d’insectes, on a même des petites grenouilles qui chantent tout l’été au petit matin. C’est incroyable ! »

Ce virage, Jean-Luc le prend grâce à ses enfants. C’est Marie, sa fille, qui nous en parle : « Avec mon frère, on est d’accord sur l’avenir qu’on veut donner à notre production. On veut raisonner au maximum les cultures, doser l’engrais au minimum et essayer de se passer des produits phytosanitaires. On envisage de lancer de nouvelles cultures comme le maraîchage et on voudrait se développer en circuit court, et notamment en collectivités, dans les cantines scolaires par exemple. Nous avons la volonté de faire découvrir de bons produits locaux aux consommateurs, sans importer de l’étranger. Moi j’ai des enfants et je pense que c’est très important pour eux. A l’avenir on réfléchit à passer en agriculture biologique, cela ne nous demanderait pas énormément de changements dans notre manière de faire. On étudie la question. »

Nous avons la volonté de faire découvrir de bons produits locaux aux consommateurs, sans importer de l’étranger.

Pour rentrer à la ferme, Jean-Luc nous conduit à travers bois sur son quad, nous passons devant le forage et la réserve d’eau qui alimente toute l’exploitation, « les courges demandent de l’eau régulièrement mais beaucoup moins en quantité que du maïs par exemple. » Il nous montre aussi la bâtisse historique de la ferme. Une maison de 1885. Nous notons sa belle façade blanche et son toit d’ardoises. A côté, l’entrepôt foisonne d’une activité intense. C’est là que se font le stockage, le conditionnement, la préparation, et l’expédition des commandes.

De grandes chambres réfrigérées permettent de contrôler la température pendant le stockage. Mais, Jean-Luc le concède, « cette année, on a des petits problèmes de conservation, certains lots ne tiennent pas assez longtemps et on ne comprend pas pourquoi. On étudie la chose, on expérimente différentes façons de faire et on en tirera les enseignements l’année prochaine. D’une année sur l’autre, il y a toujours quelque chose à améliorer, même si on produit toujours la même chose. On est en recherche permanente. »

Jean-Luc nous laisse bien vite, il a du travail : un camion à décharger, un autre à charger. Sébastien, lui, apporte les pallox remplis de potirons, potimarrons et citrouilles au cœur de la zone de tri. Là, ce sont les 7 saisonniers et les 4 salariés permanents qui frottent un à un à la main ces beaux légumes. Un premier tri est effectué et un premier calibrage à l’œil. Dans un coin, Chantal aide Marie à préparer des cagettes de commande. Chantal travaille ici depuis 34 ans : « j’étais là avant même la naissance des enfants… » C’est dire si elle a l’œil pour sélectionner et calibrer au soupesé les courges. Et aujourd’hui, elle se réjouit de savoir que Marie et Sébastien reprennent la ferme familiale. « Ça m’embêterait de partir à la retraite et de savoir que l’entreprise s’arrête. » Et elle ajoute en regardant Marie qui l’aide à coller les étiquettes : « C’est bien que les jeunes reprennent. Ils sont ouverts et ont des projets pour l’avenir et ça nous motive pour notre travail au quotidien. »

Marie sourit timidement mais on sent bien que ça lui fait plaisir. Il faut dire qu’elle ne se destinait pas forcément à l’agriculture au départ mais que finalement, « ça s’est imposé à moi, comme une évidence. Une évidence de revenir sur l’exploitation familiale et de continuer ce que nos parents ont construit. Cette reprise au final, c’est naturel. Avec mon frère, on a grandi là-dedans et aujourd’hui on va faire perdurer et faire évoluer cette entreprise. » L’envie et la volonté sont là. Certes, les choses doivent se mettre en place, la transition se faire, mais on le sent bien : l’esprit est à l’optimisme.

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