Riz BIO de Camargue

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Il est de ces rencontres gravées dans nos mémoires, celles qui nous émeuvent par leur engagement chevillé au corps. Celles dont l’intensité des échanges parle directement au cœur. Notre rendez-vous avec Bernard et Catherine Poujol sera de celles-là et nous rappellera tout du long le respect des civilisations ancestrales pour leur terre nourricière.

L’aurore guide notre route dans les terres jusqu’au Mas Neuf de la Motte, à quelques kilomètres de Saint-Gilles. Nous guettons ardemment le soleil pour qu’il illumine enfin les rizières de cette petite Camargue gardoise. Malheureusement, les forts orages de la veille n’ont pas dissipé les tensions du ciel de canicule.

Malgré la température, Bernard nous avait recommandé d’arriver bras et jambes couverts. « Les moustiques sont féroces ici ». A la vue de la peau immaculée de nos hôtes et des meutes qui nous harcèlent, nous saisissons rapidement que les insectes privilégient la chair fraîche. Nous ne serons pas déçus malgré toutes nos protections !

Un pacte vertueux entre l’humain, l’animal et le végétal, directement inspiré de techniques asiatiques séculaires.

Nous sommes ici pour découvrir l’une des spécialités régionales, le riz camarguais. Mais étrangement, la première visite que nous offre Bernard est celle de sa grange où batifolent « ses bébés », des canes mulardes de quelques semaines, qu’il n’a de cesse d’interpeller affectueusement. « Pour les rassurer… c’est primordial, je veux qu’elles se sentent bien. Je leur parle sans cesse depuis qu’elles ont deux jours comme ça elles reconnaissent ma voix. » L’éleveur les considère comme ses « associées » et pour cause, elles travailleront de concert dans la production de ses deux riz bio (semi complet et complet rouge). Car même si elles seront destinées aux assiettes des bons restaurants locaux l’an prochain, elles sont ici avant tout pour l’aider à désherber ses rizières de manière naturelle.

Un pacte vertueux entre l’humain, l’animal et le végétal, directement inspiré de techniques asiatiques séculaires. « C’est mon fils qui m’a rapporté cette idée du Japon il y a cinq ans, là-bas comme en Chine, c’est une méthode très ancienne. Puis elle a été théorisée, rationnalisée et remise au goût du jour par l’agriculteur Takao Furuno, le pionnier du riz bio au Japon dans les années 90. Evidemment nous n’avons ni le même riz, ni les mêmes espèces animales alors il a fallu observer, chercher, s’adapter. J’ai d’abord été demander conseil auprès d’éleveurs du Gers sur la race de canards à choisir. Je ne vous raconte pas leurs fous rires, ils m’ont pris pour un excentrique. Mais ils ont fini par me conseiller le mulard et c’est un très bon choix ! » Les paroles comme les actes de ce natif du coin exhalent le tempérament profondément libre et sauvage de sa région.

Depuis quelques années, la bio s’implante en Camargue pour compenser la très grande utilisation des produits phytosanitaires. « Je travaille avec des canards depuis six ans mais j’ai monté ma production en bio il y a 11 ans. Avant j’étais chef de culture conventionnelle dans une exploitation de plus de 1000 ha. Et puis peu à peu, j’ai eu du mal à fermer les yeux sur l’impact de tous ces produits, à la fois sur nos nappes phréatiques mais également sur notre écosystème exceptionnel. J’ai dû faire un choix éthique. » Mais pour le riz bio comme pour le conventionnel, ici, les fléaux ce sont les panisses et triangles, ces mauvaises herbes qui ravagent les cultures. C’est là que le canard trouve toute son utilité. Pour une raison que Bernard explique simplement : « l’animal n’a pas le bec fin. Ces herbes ont une odeur nauséabonde dont les canards raffolent. Ils les mangent sans toucher aux plants de riz qui eux sont chargés de silice avec des feuilles rêches peu appétissantes. »

Depuis quelques années, la bio s’implante en Camargue pour compenser la très grande utilisation des produits phytosanitaires.

Une confirmation apportée en 2011, lorsque Jean-Claude Mouret, ingénieur agronome à l’INRA réalise le diagnostic de la méthode Poujol. « En Camargue nous avons eu la chance pendant une vingtaine d’années d’avoir à nos côtés ce chercheur. Il avait la passion de la bio et a consacré du temps à faire des observations chez des agriculteurs engagés. Il n’avait pas le budget pour la recherche fondamentale en bio mais il l’avait pour faire de l’observation. Et c’est une chance car il n’y a quasiment pas de recherche officielle en bio. »

Raison pour laquelle comme chez bon nombre de producteurs bio, chaque cycle de culture donne lieu à des expérimentations puis des observations afin d’affiner et contribuer à la recherche dans le secteur.

Ces deux variétés de riz camarguais ont pour spécificité d’être particulièrement adaptées au territoire car elles supportent les grandes variations de température. Traditionnellement le semis a lieu de la fin avril à la mi-mai. Sauf chez notre éleveur de canards qui lui commence justement par inonder les terres à ce moment-là afin de faire pousser les mauvaises herbes. C’est la technique du faux-semis. Il écoule ensuite les rizières à la mi-mai et patiente jusqu’à l’assèchement complet. De là, il va détruire les indésirables avec une machine qu’il a spécialement fait venir de Corée, puis sème le riz avec un semoir à blé, à cinq centimètres de profondeur, et à sec pour ne pas risquer de voir revenir les adventices. Cette herbe coupée va alors nourrir la terre.

En parallèle, le même mois, il va élever de jeunes canetons de deux jours dans sa grange. Ce n’est qu’au stade du tallage, lorsque le riz est assez solide pour résister au piétinement, qu’il introduira ses petits travailleurs. En se déplaçant en file indienne le long des lignes, leur impact est considérable. En troublant l’eau, les palmipèdes vont ainsi empêcher la germination des panisses entre les plants de riz verticaux, ils vont s’attaquer aux insectes prédateurs en les consommant et en parallèle leurs déjections vont stimuler la terre et la pousse du riz.

L’engagement de Bernard pour le « sans traitement » aurait presque une consonance mystique sans être religieuse.

L’engagement de Bernard pour le « sans traitement » aurait presque une consonance mystique sans être religieuse. Passionné, comme sa femme chercheuse en histoire des religions, c’est à Adam qu’il s’identifie. « La féminité d’Adam, en hébreu c’est Adama, ça veut dire la terre. L’homme premier y est intrinsèquement lié de par son identité, il est dans l’amour et le respect de son environnement. Ma quête de sens, c’est de protéger ma terre. Je ne veux pas contraindre la nature, je me vois plutôt comme un chef d’orchestre.

Je suis heureux ici en Camargue parce que mon travail est de produire sans jamais contraindre la nature, je dois simplement trouver comment m’organiser pour que chacun des quatre éléments apporte ses nutriments». Son rôle : observer chaque jour la biodiversité, tester récolte après récolte de nouvelles méthodes pour optimiser les actions des éléments les uns sur les autres afin de produire un riz naturel d’exception ».

Après avoir été longtemps pointé du doigt pour cette excentricité, l’homme aux canards est devenu un acteur local très médiatisé. Cette sortie de l’ombre a créé chez lui le sentiment de devoir réussir. « C’est le meilleur argument pour inciter les autres agriculteurs à se tourner vers la bio ». Sans l’avoir volontairement cherché, le riziculteur cristallise l’espoir pour d’autres de voir émerger des solutions alternatives pérennes tant du point de vue écologique qu’économique. « En plus de l’engagement éthique, c’est une agriculture rentable car il y a un vrai marché pour les produits sains et de qualité. Les consommateurs sont devenus très regardants sur les conditions de production.»

Par-delà la Camargue, son action a pris une tout autre dimension lorsqu’une ONG africaine de développement est venue solliciter son aide.

Par-delà la Camargue, son action a pris une tout autre dimension lorsqu’une ONG africaine de développement est venue solliciter son aide. « Je me souviens d’un monsieur qui était planté devant mes rizières, tout pâlot, stupéfait. Je lui ai demandé s’il se sentait bien et il m’a répondu qu’il trouvait cette technique tellement exceptionnelle et adaptée à son pays, qu’il souhaitait absolument m’inviter pour en parler avec des villageois de Casamance, au Sénégal. J’y suis allé. J’y ai passé 15 jours à observer pour trouver comment décliner ma méthode. Il faut savoir qu’il y a beaucoup de tentatives agrochimiques en Afrique mais cela dénature complètement l’écosystème et les pratiques locales.

Les agriculteurs africains qui ne s’y reconnaissent pas abandonnent rapidement. La différence avec l’agro-écologie, c’est que nous cherchons à nous adapter à l’environnement, aux espèces, aux cultures en place. C’est encore à l’essai mais ça se met en place et nous avons des signes positifs. De trente agriculteurs l’an dernier, ils sont à présent plus d’une centaine. Parmi les meilleurs exemples, une villageoise a doublé sa production et sa surface en devenant en plus éleveuse de canards, doublement gagnante. » Un succès tel que le bouche à oreille a fait son chemin jusqu’au roi d’Oussouye, une figure d’autorité locale, qui compte bien développer cette méthode sur ses terres personnelles.

Lorsque des amis lui soumettent l’idée de déposer le brevet pour en tirer des bénéfices, Bernard proteste fermement. A l’entendre raconter son aventure africaine, l’émotion se partage, l’homme vibre pour l’idée de la transmission. « Tu te rends compte que tu arrives de France, de Camargue, que tu ne connais pas le peuple africain, que c’est un autre univers, un autre monde et pourtant quelque chose se passe. Là tu t’aperçois que tu es un humain et que les bonnes idées et actions sont communes à tous.

Ce qui est formidable c’est que le riz est en quelque sorte la nourriture universelle, car c’est la plus consommée dans le monde. Et là, autour d’elle se crée une fraternité qui traverse les frontières avec une idée venue du Japon, qui traverse la France, atterrit en Casamance et continue de faire son chemin… Dans les plumes du canard, il y a la liberté, le progrès, une espérance. Je vends mon riz, c’est ce qui me fait vivre, mais la méthode je l’offre évidemment, puisque c’est un cadeau que j’ai moi-même reçu ! »

PROFIL SENSORIEL DU RIZ BIO DE CAMARGUE

Riz long semi-complet Bio blanc :
Un grain bien identifié, une couleur rappelant la noisette émondée. Sa texture est ferme et fondante à la fois, des notes légèrement briochées viennent tapisser le palet.

Riz long semi-complet Bio rouge :
Une couleur rouge légèrement violacée, des arômes de fruits secs. En bouche, la sensation du lait d'amandes persiste et lui confère sa personnalité.

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