Mangue du Kénédougou

Cette publication vous plaît?
content: 

Huit heures de voiture nous séparent des environs de Korhogo au nord de la Côte d’Ivoire. A mesure que nous quittons Abidjan pour la frontière malienne, la forêt tropicale cède sa place à une savane arborée mais le trajet est encore long et sa végétation changeante. Nous avons rendez-vous dans la province du Kénédougou, ancien royaume des rois Tiéba et Babemba Traoré qui outre ce territoire, recouvrait également au 19ème siècle le Sud Mali et Sud-Ouest Burkina.

A l’époque déjà, ce centre de production agricole aux importantes nuances climatiques permettait la diversité des cultures et devint le carrefour de nombreuses routes commerciales. De cet héritage sont nés de nombreux marchés et foires régionaux qui permettent à Korhogo d’être aujourd’hui la quatrième ville de Côte d’Ivoire.

Nous sommes en juillet, c’est la pleine saison des pluies mais nous évitons par chance les intempéries. En revanche, nous faisons rapidement connaissance avec l’harmattan, cet alizé venu du Sahara qui dès le point du jour souffle sa chaleur brûlante. Nous sommes venus découvrir le trésor régional, la mangue ou mangoro comme on l’appelle ici. Eric, producteur sera notre hôte pour la journée. Nous ne pouvions espérer meilleur guide, cet agriculteur de père en fils a le Kénédougou chevillé au corps, son nom de famille est d’ailleurs celui du dialecte local, le Bambara.

« La mangue est un produit sacré, toutes les familles ont un verger, c’est l’héritage que l’on se transmet de père en fils. Ici elle est dans son milieu naturel depuis la nuit des temps. Celui qui n’a pas reçu de manguier par son père, va tout faire pour économiser et s’acheter au plus vite son propre verger ! »

« Nos mangues sont délicieuses, onctueuses, très sucrées, parfumées. C’est une vraie recharge en énergie.»

Eric ne plaisante pas. Pour les habitants du Kénédougou l’attachement à la terre vient des tripes. « Un de nos proverbes dit qu’à la limite de ta parcelle, il y a celle de ton voisin. Ça veut dire qu’ici tout le monde se connait. Mais même si dans la journée on se visite pour prendre des verres entre amis, le soir chacun rentre sur SA terre. »

Les trois quarts des productions sont exportées à l’international mais très appréciées localement, une grande part est consommée à même l’arbre. « Nos mangues sont délicieuses, onctueuses, très sucrées, parfumées. C’est une vraie recharge en énergie. A la saison des mangues vous voyez des enfants partout grimper dans les arbres mais aussi des adultes. Il y a une règle, quand vous croisez un manguier vous êtes libre de cueillir toutes les mangues que vous voulez sans permission. La seule limite ? Interdiction d’en faire commerce, ça doit rester une consommation personnelle. La mangue, c’est notre vecteur de lien social!»

La production du fruit est d’ailleurs l’une des premières sources de revenus et d’emplois pour de nombreuses familles de la région. L’économie circulaire fait vivre toute la région. Les producteurs sont regroupés en associations villageoises ou petites coopératives rattachées à des structures exportatrices sur la Côte d’Ivoire, le Burkina et le Mali.

Plusieurs acteurs sont impliqués dans le processus : les producteurs bien sûr mais également les récolteurs et leurs équipes (en moyenne six à sept personnes), les agents des stations de conditionnement, les transporteurs… « Et au-delà des travailleurs, ça profite à toute la société jusqu’aux employés des stations essences et autres vendeurs ambulants. »

La production du fruit est d’ailleurs l’une des premières sources de revenus et d’emplois pour de nombreuses familles de la région. L’économie circulaire fait vivre toute la région.

Lors des récoltes entre la fin mars et le mois de juin, le Kénédougou devient festif avec de grands moments de danse, des réjouissances et une fête de la mangue à la fin de la saison. C’est alors le temps d’un grand repas entre familles. L’opportunité également pour les agriculteurs de planifier ensemble la prochaine campagne.

Notre interlocuteur insiste sur l’importance de lier leurs « racines », leurs traditions et l’avenir. « Ici pas de grosses productions intensives, nous sommes dans une agriculture tradi-moderne à taille humaine. Notre héritage est notre identité et nous souhaitons rester en symbiose avec notre environnement. En 2013, pour valoriser la qualité des cultures de nos mangues nous avons donc choisi de nous engager dans la démarche de certification Rainforest Alliance. »

Ce label œuvre pour la préservation de l’environnement ainsi que pour le respect des droits des travailleurs et de leurs familles. L’obtention de l’agrément a eu de nombreux impacts positifs sur la région toute entière. Des formations à grande échelle ont et sont toujours organisées pour les habitants sur des sujets environnementaux. « Nous faisons un travail constant de sensibilisation à la gestion efficace et au tri des déchets afin qu’ils ne soient pas jetés aux abords des cours d’eau ou des arbres et nous récupérons les emballages. »

Cette certification impose également de chercher des solutions alternatives aux pesticides. Ainsi l’apiculture se développe sur les plantations pour renforcer la pollinisation et tout le désherbage se fait manuellement ou en culture attelée avec des bœufs.

« Ici pas de grosses productions intensives, nous sommes dans une agriculture tradi-moderne à taille humaine.»

Lors de notre visite à travers les vergers, nous remarquons une série de petites collines et de cours d’eau. « Pendant longtemps nous avions un problème d’érosion, les pentes drainaient de grosses quantités d’eau vers les plaines qui étaient autrefois régulièrement inondées. » Les solutions sont artisanales et très bien pensées. Ainsi la technique de la boue à contre pente a permis de conserver la qualité des sols grâce aux creux, buttes et bassin de cailloux qui empêchent l’eau de passer.

Pour favoriser la préservation des espèces protégées, il a fallu se montrer ingénieux et chercher comment convaincre une population particulièrement amatrice de chasse de viandes de brousse. Les coopératives de producteurs ont alors eu l’idée de développer « la mentalité d’éleveur » au détriment de celle de chasseur. Ainsi un pot commun a permis la multiplication des poulaillers et élevages.
« Pour appliquer tous ces changements, nous avons mis l’accent sur l’écosystème et l’humain. Nos travailleurs ont désormais une protection sociale, il y a des installations sanitaires sur les plantations et une infirmerie avec un médecin dans le village. Grâce aux cotisations des coopératives et associations, nous avons même pu mettre en place des lignes de crédit qui soutiennent les producteurs lors de la perte d’un proche. Ainsi ils peuvent continuer de scolariser leurs enfants et ne rembourser qu’au moment des récoltes. »

« La mangue a fait de moi quelqu’un. Grâce à elle je suis un homme fier. »

L’école est de plus en plus au cœur des préoccupations des autorités locales. Le label Rainforest Alliance interdisant le travail des enfants, il favorise une plus grande fréquentation des établissements scolaires. « Nous devons éduquer les enfants et sensibiliser leurs parents à la déforestation parce que nous avons besoin d’un plan de forêt près de chaque village. C’est d’autant plus essentiel qu’ici, pour guérir nos petits maux du quotidien, nous avons recours à la médecine traditionnelle aux plantes.

Par exemple ce matin, juste avant votre arrivée, j’ai pris ma décoction à base de quinqueliba et caïlcédrat. C’est pour être en forme toute la journée. Grâce à ça, je vous reçois en super forme et ça soigne même les plaies gastriques ! »

Eric travaille sur l’exploitation familiale avec deux de ses frères. Lui n’a pas encore d’enfant mais il est heureux de voir ses neveux s’amuser sur les plantations. « Pour leur donner l’amour de tout ça, c’est essentiel. » Lorsque nous lui demandons s’il aime son métier, il répond qu’il ne se serait jamais vu faire autre chose. « La mangue a fait de moi quelqu’un. Grâce à elle je suis un homme fier. » Car à sa casquette de producteur, s’ajoute celle de leader et coordinateur au sein du regroupement de producteurs locaux.

« Je suis à présent très respecté et j’essaie d’être porteur de développement pour ma région. C’est toute ma vie la mangue, c’est elle qui m’a permis de réaliser mes rêves. »

PROFIL SENSORIEL DE LA MANGUE DU KENEDOUGOU
Gros fruit ovoïde. Peau verdâtre colorée de rouge foncée. Chair fondante sans fibre.

DÉVELOPPEMENT DURABLE

Tout pour raconter l’histoire des produits à vos clients !

Accès réservé aux clients Transgourmet

Films, visuels, fiches produits; brochures, affiches : accédez aux documents TRANSGOURMET ORIGINE avec votre code d'accès.